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Par sarkimi dans "Les jours suspendus..." le 6 Mars 2012 à 14:04
Un vaste jardin, d'oliviers et d'herbe rase, traversé par un chemin de pierre.
Un champs de marguerites. Sur chaque pétale, un nom, une date.
Certains avec des pots de fleurs qui se bousculent. D'autres, abandonnés et nus. L'endroit est feutré, presque coquet, le silence comme une petite musique.
Des promeneurs, bouquets à la main, déambulent, arpentent, se perdent, échouent parfois sur des bancs, ou se figent devant les fleurs de pierre.
Je suis là avec ma bouteille en plastique remplie d'eau; j'arrose, je coupe les fleurs fânées, j'en rempote de nouvelles. Impossible pour moi de rester là sans rien faire, à me recueillir, à te parler du monde qui tourne sans toi.
Quelques cendres sous un pétale de pierre, ton nom gravé dans le marbre, ne disent rien du feu de ta vie.
Ta mort est une mauvaise farce, une histoire sans fin qui se réécrit tous les matins.Alors, quand j'ai terminé d'abreuver les fleurs, je vais voir ailleurs si tu y es.
Car tu es forcément quelque part. Ailleurs. Partout.
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Par sarkimi dans Le Grand Chantier de la Mère Castor le 29 Février 2012 à 12:03
Mais seuls les oiseaux m'ont entendu, leurs cris comme une pluie de verre tombant sur ma tête. Pas âme qui vive alentours. J'ai courru alors à la cabane du Gosselin, parce que c'est toujours là que je vais quand je ne sais pas où aller.
Un drôle de mammifère le Gosselin, mi-homme, mi-crustacé, dont on raconte qu'il a été forçat. On dit beaucoup de lui, sans doute parce que lui ne dit pas grand chose.
Un taiseux-rageux. Avec des sabots de filles aux pieds qui plus est.
Alors, forcément, ça fait causer.
Quand il est arrivé au village, j'étais encore qu'un p'tit-cul.
Avec ses yeux dehors la tête et ses mains noires auxquelles il manquait à chacune les deux doigts, si bien qu'on aurait dit des pinces de crabe, il réveillait chez les gens d'anciennes peurs attrapées au soir des veillées.
Ce n'était pas mon cas. Moi j'entendais son coeur battre et j'en voyais la couleur.
Dans sa cabane de planches, livrée aux vents contraires, je me sentais protégé des railleries et de la créativité mauvaise de mes camarades. C'était le seul endroit où ils ne me poursuivaient pas.
Un accord tacite nous liait; je restais silencieux, il ne me chassait pas. Je n'avais qu'à attendre. Et au bout d'un moment, tout en grattant le fond de son vieux padelin, il se mettait à parler.
Rose des vents (XVIIIème s.)
Archives départementales de la Haute-Vienne
Sa vie m'arrivait par bribes, par éclats, par fragments, dans un grand désordre d'espace et de temps. Telle une étoffe usée, constellée de trous, de blancs, de vides. J'appris ainsi qu'il fut souffleur de verre, chasseur d'agoutis, passeur d'émeraudes, ou encore négociant en huile de pacane.
Un arpenteur des Contre-Mondes.
Ce qui faisait de lui un puits de secrets et d'histoires sans fin, dans lequel le jeune coeur que j'étais puisait le souffle puissant de la vie.
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Par sarkimi dans "Les jours avec ..." le 27 Février 2012 à 12:00
Il n'a pas bien dormi. C'est la rentrée. Comme les enfants, il n'aime pas les lundis.
Il part, la tête déjà pleine de la semaine qui l'attend, la classe, les enfants, les parents ...
Je le regarde et je me dis que l'homme de ma vie est, à peu de choses près, l'homme de mes rêves.
Il a terrassé l'ogre qui dormait sous mon lit et qui dévorait mes nuits.
Il a vaincu ma peur irraisonnée de l'orage qui gronde, éclate, éclaire, qui me faisait trembler et redouter que le ciel ne s'ouvre pour m'engloutir.
Il m'a donné des livres qui ont laissé en moi des pages entières de lumière.
Et toutes ces batailles qu'il a menées, tous ces défis qu'il a relevés, pour exiler mes ombres...
Il part, il est parti. Pas eu le temps de lui merci. On verra ça ce soir.
Pour l'heure, l'homme de ma vie est allé sauver d'autres mondes, mené mille autres baitailles, relevé mille autre défis. L'Education Nationale a besoin de lui. Et il ne se dérobera pas ...
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Par sarkimi dans "Les jours suspendus..." le 22 Février 2012 à 09:27

Par moment, je sens confusément que je ne suis pas exactement la maman dont elle rêverait ...Alors, façon boomerang, me revient à la surface du coeur ce sentiment que j'avais parfois, enfant, que ma mère ne m'aimait pas exactement comme je l'aurais voulu.
C'était une mère-bourrasque, une mère-ouragan, une mère-océan; je me noyais entre ses bras, avalée par ses baisers sonores, emportée par ses rires à débordement, toute entière arrimée à sa lumière, avec si peu d'air à respirer et si peu de mots à inventer. Quand j'espérais en secret la douceur et le silence.
Mais je savais qu'elle m'aimait, et c'est cette certitude qui, devenue grande, m'a plusieurs fois ressucitée.
Aujourd'hui, parce que je sais ce que peut endurer un coeur de petit enfant, je m'efforce d'être au plus près de ses attentes, et de l'aimer le mieux possible, tout en sachant que, sans doute, il y aura des espérances que je n'étancherai jamais ...
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Par sarkimi dans "Les jours avec ..." le 19 Février 2012 à 13:17

Les jours heureux sont dans ces grands cadres que mon père accroche dans le grand couloir de la maison. D'abord il les collecte, les choisit, les organise; puis, entomologiste de l'instant, il épingle, les uns à côté des autres, les papillons rares.
Ainsi, les bonheurs de nos vies se cotoient : les mille sourires de ma mère, les enfants qui poussent et qui se multiplient, les moments joyeux, la mémoire des années.
Je n'ai qu'à m'arrêter devant, et c'est comme monter dans un manège; avec la petite ritournelle et les lumières qui s'allument.
J'en redescends un peu titubante, les yeux brillants et la mémoire bercée.
Je peux continuer mon chemin.
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Par sarkimi dans "Les jours suspendus..." le 15 Février 2012 à 16:03
Le jardin partagé. Depuis plusieurs années, nous en retournons la terre, nous y plantons l'été. Des légumes et des parfums. Un monde ou l'invisible et les enfants sont rois, qui au printemps fourmille de jardiniers : artistes, apprentis, chercheurs d'ors. anarchistes, ou loyalistes ...
Aujourd'hui, le jardin est immobile, comme mort, recroquevillé sous une couverture de boue et de gel.
Les reliques de l'été passé, comme un naufrage. Tuteurs pour tomates fantômes, des bouts de ficelle, un arrosoir d'enfant, une chaise révulsée.
Un rateau oublié semble avoir pris racine, arbre étrange au tronc grisé et raide, colonisé par des verdures arrogantes qui voudraient monter jusqu'au ciel. Une végétation d'herbes accrocheuses et mauvaises a colonisé les allées du potager, laissant libre cours à la folie et à l'anarchie. C'est le temps du désoeuvrement, de l'abandon, du laisser-aller.
L'eau du canal qui abreuve est éteinte. Des frissons dans les branches et les cheveux, un vent venu du nord du nord.
Rien qui ne dise vraiment ce qui est en train de se passer, juste sous nos pieds,
Le jardin abandonné - Raoul Dufy (1913)Rien du bouleversement qui se prépare. Car si le printemps avance, c'est en toute discrétion, à pas feutré, sans éveiller les soupçons.
Profil bas, nul signe ostentatoire, aucune déclaration. Alors, être à l'affût du premier vert tendre, du premier coquelicot, et gouter le silence des fleurs.
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Par sarkimi dans "Les jours sans ..." le 8 Février 2012 à 17:26
Ta mort a 6 ans aujourd'hui.
Ta mort comme une enfant capricieuse et tyranique, qui ne veut pas grandir, et dont les accès de colère me piétinent toujours le coeur.Ta mort qui déchire encore ma nuit. Alors je lui porte des fleurs et des jolis cailloux, je cherche un abri dans le souvenir de ton rire, de ta voix, de tes bras chauds jusqu'à ce que le silence se fasse.
Et je retombe en enfance ...Allez.
On dirait que t'étais pas morte.
On dirait qu'on ferait la fête aujourd'hui, et que je t'offrirais des fleurs ...
On dirait que ton rire volerait si haut qu'il attraperait les oiseaux.
On dirait que tu serais drôlement belle et drôlement jeune, et même que t'aurais encore la vie devant toi et que tu serais ma maman encore un petit peu. Un tout petit peu plus longtemps.
On dirait que t'étais pas morte.
Alleeeeeeeez ...
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Par sarkimi dans "Si vous voulez mon avis ..." le 6 Février 2012 à 15:04

L'hiver qui saigne à blanc, et qui fourbit ses armes.
Le vent qui avale tout, les boucles des cheveux, la poussière des chemins, les feuilles survivantes.
Le froid qui transperce, qui brûle, qui pétrifie, et qui signe son forfait au carreau des fenêtres par ses dessins de glace.
La nuit du ciel et de la terre, qui retient la lumière en otage, et qui nous tient enfermés, loin de la rumeur des arbres, serrés autour de nos lampes à chimères. Le printemps, parti en voyage d'affaires, n'a pas dit quand il reviendrait.
Alors, pour tromper l'attente, les hommes s'endorment auprès du feu en rêvant à des jours meilleurs.
Tandis que d'autres, saisis d'abandon et d'oubli, un hall d'immeuble pour tout asile, ont oublié de se réveiller.Signer la pétition pour la mobilisation générale pour le logement (Fondation Abbé Pierre)
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Par sarkimi dans "Les jours avec ..." le 31 Janvier 2012 à 11:25
Il est un lieu dans l'Aveyron, niché au creux de la vallée de la Dourbie, où nous nous retrouvons quelques week-ends dans l'année, avec les amis et la ribambelle d'enfants. Nous partons au soir. Après avoir quitté l'autoroute, nous nous engageons sur une route noire de nuit, sinueuse et juste assez large. C'est le début du voyage.
La forêt d'arbres et d'ombres qui borde la route semble nous ouvrir un passage. Nous traversons des hameaux de pierre aux volets clos, sans traces de vie. Des ponts étroits sur l'eau vive et furieuse. La lueur dorée d'une fenetre suspendue dans le vide, et nous devinons le village, bâti au flanc de la falaise, comme si elle l'avait avalé.
Le brouillard en lambeaux, que nous déchirons par nos phares. Le froid qui fait pleurer les pierres et qui vient s'écraser sur les vitres. On a éteint la musique. L'enfant-cadeau dort déjà à l'arrière. Le silence envahissant malgré le bruit du moteur. Et l'imaginaire qui cavale alors à la vitesse de la nuit qui avance. On se raconte des histoires de loups, de bêtes des bois, de crimes sanglants, d'ogres qui rient trop fort.
Nous arrivons enfin au bout du voyage, riant comme des enfants qui ont joué à se faire peur. Les amis sont déjà là; ils ont allumé un feu, et l'on oubliera la nuit qui ricanne autour d'un verre, rempli d'un nectar apaisant, antidote à l'hiver et à nos frayeurs de pacotille.
Au matin, quand nous ouvrirons les volets de la Grande Maison, il ne restera rien du brouillard ni de la forêt hantée. Juste une lumière vive, transparente, sur une nature sauvage et encore engourdie sous le givre.
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Par sarkimi dans Le Grand Chantier de la Mère Castor le 27 Janvier 2012 à 11:17
A l'aube de la nouvelle année, la Mère Castor lance une belle idée : le Grand Chantier.Le principe : on part d'un (ou plusieurs) mot(s) d'une page donnée du Dictionnaire des mots rares et précieux (en l'occurence, pour ce premier épisode, c'est la p. 42), et on met en oeuvre un ouvrage : on raconte une histoire avec des mots, avec des aiguilles, avec des images,... Contrainte : le mois suivant, on part de son ouvrage précédent ... et ce jusqu'en décembre 2012.
"Il s'agira donc de feuilletonner l'année qui vient pour qu'à la fin de l'an douze, chacun donne son histoire ficelée, écrite ou muette, brodée ou cousue à gros point (..)" (pour consulter l'article complet, cliquer ici).Pour le premier épisode, il s'agit de poser le décor de l'histoire ...
Les mots empruntés sont en gras dans le texte. Vous n'avez qu'à cliquer dessus pour ouvrir le glossaire ...
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Par sarkimi dans "Les jours avec ..." le 23 Janvier 2012 à 15:38
Ce dimanche, on fête l'enfant-cadeau. Toute la famille est réunie à la maison. Des ballons nacrés, des banderoles, des fanions multicolores. Douze à table. Alors forcément, les assiettes sont dépareillées, on a rajouté une table à la table, et une nappe à la nappe. Tout ce qui ressemblait à une chaise a été réquisitionné. On se serre, on s'enjambe, on se cale, on se coince, on joue du coude. Plus proches que jamais.

Il ya mon père, avec sa Dulcinée; une histoire neuve encore, à l'échelle de sa vie, mais une histoire qui tient debout; elle le veille, elle le couve du regard, et ce regard l'arrache au quotiden, lui fait comme un elixir, lui rend une vie.
Il y a le P'tit Bonhomme, 38 années d'enfance dans un corps d'adulte; le cerveau véloce en assemblages de chiffres ou delettres, mais d'une autonomie de mémoire et d'action réduite et capricieuse. Il est présent et absent à la fois, et reste concentré sur le cadran de sa montre, pour ne pas rater l'heure du début du match.
Il y a mon Frèrot, sa femme, leurs deux grandes filles et leur Tout-petit; un déménagement à eux seuls; lit, poussette, chaise haute, table à langer, biberons, assiettes, tambouille, valise pleine. On les sent rodés, accomplissant montage et démontage de manière assurée, experte. Tout-petit aime les couvercles et les casseroles, avec lesquels il développe son sens du rythme.
Les ados mangent pour oublier : leurs peines de coeur, leurs devoirs, leurs parents; le portable est à portée de main, au cas où.
L'enfant-cadeau circule, des genoux des uns aux caresses des autres, pétillante et rose. Coiffée d'une couronne de diamants et d'une robe de satin, elle entend bien jouer son rôle de Reine de la fête jusqu'au bout.Jusqu'à la fin du repas, le vin blanc bien glacé déroulera des histoires connues de tous et encore une fois réinventées.
Quand au bout du jour la maison retrouve son calme, que l'ouragan joyeux a fait son office, on se retrouve, mon Namoureux et moi, comme ébouriffés.
Le silence et le chat rentrent alors de leur exil forcé.
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Par sarkimi dans "Les jours avec ..." le 17 Janvier 2012 à 17:16

L'enfant-cadeau a 6 ans aujourd'hui ...
6 années-lumière.
Derrière nous la fatigue, les nuits dévalisées, le sommeil blanc.
Les bougies poussent sans faire de bruit sur les gateaux d'anniversaire.
Hier si petite, dans son berceau transparent, à chercher l'air dans sa chambre de porcelaine, flottant entre le ciel et la terre.
Aujourd'hui haute comme cinq ou six pommes, petite fille-brindille, avec les rires qui escaladent les maisons de la rue, les gentils coquelicots et les rois dagobert qui s'échappent par la fenêtre ouverte, la vie qu'elle dessine et qu'on accroche partout, les fées entraperçues au détour d'un chemin ... Tout est encore surprise, émerveillement.On voudrait que ça dure toujours.
Que le petit oiseau se contente de faire voler des ballons dans le ciel.llustration de C. Hudrisier.
A voir sur Les chosettes de la Hud
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Par sarkimi dans "Les jours suspendus..." le 13 Janvier 2012 à 14:06

La journée a été longue. La fatigue, comme une camisole, qui entrave l'esprit et le corps.
L'enfant cadeau déjà en route pour ses pays rêvés, j'allume le poste de télé; machinalement, je fais défiler les chaînes et les images.
Et puis, Meryl Streep apparaît.
Son visage, légèrement penché. Ce geste furtif de la main qui balaye une mèche de cheveux fantôme. Ses yeux baissés, incrédules devant le chantier de son âme.
Francesca a le coeur en dehors de sa cage. Cet homme qui entre dans sa vie pour quelques jours seulement la rend à elle-même, et à une sensualité oubliée. La radio diffuse un vieux blues. Ils dansent doucement dans la cuisine, le désir en suspension dans la lumière du soir. Un baiser. Ce sont les tout premiers instants de l'amour, l'origine.Cette scène me coupe le souffle. J'éteins avant la fin pour la faire durer. Je ne veux pas voir la suite. Sentimentalisme, romantisme, sensiblerie, qu'importe; je suis touchée.
Silence. La seule musique de la respiration de l'enfant cadeau, juste à côté.
Je laisse mes pensées remonter le temps de notre histoire à nous; aux premiers mots, aux premiers gestes, aux premiers signes du coeur.
C'est notre trésor de guerre, celui que je garde en moi, celui que je déterre quand la fatigue nous étreint, chacun de notre côté du lit.
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Par sarkimi dans "Les jours sans ..." le 8 Janvier 2012 à 16:59

J'ai perdu ma mère il y a presque 6 ans. C'est comme ça; j'ai toujours été étourdie.
On perd ainsi ses morts dans d'invraisemblables jardins.
Par distraction, par insouciance, par inattention, par légèreté.
Parce que de leur vivant, l'idée de leur mort ne nous est pas venue, ne nous a pas même effleurée.
C'est ainsi que j'ai perdu ma mère. Et j'ai eu beau retourner le ciel, ce fut peine perdue.
Ah, le silence du ciel ...
Depuis, je m'applique avec les vivants. Attentive, je garde un oeil sur eux. J'use mes yeux à les regarder, et mon coeur à les aimer.
Et si je croise un ange, je lui fais mes excuses.
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Par sarkimi dans "Les jours suspendus..." le 4 Janvier 2012 à 09:22

Des souhaits, des espérances, des petites prières, des désirs, des envies ... Le début de l'année nous apporte des minutes de soleil en plus ... De cette lumière supplémentaire nous vient sans doute ce fourmillement du coeur, qui nous pousse à faire des voeux, à les semer en plein coeur de l'hiver, à espérer le meilleur, à oublier le pire.
Un peu de sucre dans nos jours imparfaits.
Un peu de sel dans l'amour qui dure toujours.
Un peu d'eau pour les fleurs poussées d'entre les pierres.
Un peu de fraîcheur pour les blessures vives.
Un peu de ciel pour faire voler des foulards.
Un peu de plumes pour les rêves enfants.
Un peu d'enfants pour ne pas perdre le fil.
Un peu de fil entre les coeurs perdus.
Un peu de vent pour ne pas manquer d'air.
Un peu de lune à décrocher.
Un peu de silence pour s'entendre rêver.
Un peu de temps pour voir passer la vie.
Un peu de courage pour ne pas la rater.
...
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Par sarkimi dans "Les jours sans ..." le 31 Décembre 2011 à 08:58
Ouf, Noël est passé ... Une tablée toujours plus grande. Les nappes blanches, cousues bout à bout, comme un chemin de vie, témoins des enfants qui grandissent, de ceux qui naissent, des disparus et des nouveaux venus. La famille comme un arbre, avec ses nouvelles pousses, ses branches mortes, ses rameaux greffés, ses racines multiples.
Je suis en cuisine toute la journée. Une charge héritée de ma mère. Nourrir la famille. Sa mort aura bientôt 6 ans, et depuis, Noël me revient. Il fallait que rien ne change, que Noël soit éternel.
Et voici que les années passant, le poids de cette éternité m'accable. Cet aveu a le goût d'une trahison, alors je le voue à l'hiver. Mais que ses bras me manquent.Drôle de période, sentiments mêlés, entre le vide et le plein; les étoiles et la magie dans les yeux des enfants, et ce drôle de fardeau que je dépose au seuil de l'année qui vient.
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Par sarkimi dans "Les jours avec ..." le 23 Décembre 2011 à 14:56

Un petit tour à la ville, se noyer dans la foule qui se presse devant les étals d'un village de carton pâte, où se disputent l'envie et la frustration, la profusion et le manque, la frénésie et l'indifférence, les mains pleines et les poches vides. Très vite, l'air et l'espace viennent à manquer et nous regagnons le pavé des rues plus tranquilles, où nous nous perdons.
L'enfant cadeau semble voler, petite luciole attirée par les lumières, le sourire accroché aux oreilles, les yeux ouverts sur le ciel; l'orgue de barbarie, l'odeur de marrons chauds s'accrochent à nos pas.
Le manège a fini par nous trouver. La musique en sucre, les soucoupes volantes, et la queue du Mickey comme une promesse de cocagne. Elle ne se lasse pas, et c'est une joie toute neuve à chaque fois, toute fraîche. Son rire qui part dans l'espace, réssucité. Son petit coeur comme un ballon de baudruche, ranimé.
Quand le manège a été fatigué, c'était l'heure de la gaufre; le jour partait doucement, et seule la cîme des grands arbres de l'esplanade goûtait au dernier soleil. Le grand arbre de place s'est illuminé, la façade du théâtre et les guirlandes suspendues se sont éclairées.
Le visage constellé de sucre glace, l'enfant cadeau se remplissait le ventre et les yeux. "C'est merveilleux, vraiment c'est merveilleux". Merveilleux est l'un de ses mots préférés.
Les enfants ont l'indulgence de vous laisser ainsi une belle marge de manoeuvre pour les contenter, à s'émerveiller, comme ça, pour un rien; un tour de manège, ou des lampions allumés dans la nuit qui tombe.
Un froid bleu sort de nos bouches, et, sous le manteau, les frissons d'amour qui s'emmèlent à l'hiver ...
Photos à retrouver ici
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Par sarkimi dans "Les jours avec ..." le 18 Décembre 2011 à 15:43
Ce midi, Bonhomme vient déjeuner; c'est la deuxième fois en quelques mois, et ce sont les deux seules fois en 25 ans où il ne mangera pas chez lui. Les repas, le temps qu'il passe à les préparer, rythment sa journée et l'aident à passer les heures.
Je voulais pour lui un petit Noël. Il ne fête plus Noël depuis longtemps déjà. Il a fallu le convaincre. Personne d'autres que nous. Je devine son angoisse, mais l'envie et le courage gagnent la bataille.
Il a une bonne fourchette, aussi je lui ai parlé saumon, huîtres, plats élaborés, histoire de l'allécher; il hochait la tête en silence, et puis il m'a dit : voyez, moi j'aime les choses simples; par exemple, j'aime bien le pot-au-feu. Je n'ai plus tellement l'occasion d'en manger. Pensez ! Un pot-au-feu pour moi tout seul ...Avec des cornichons pour manger avec, j'aime bien ça ...Va pour le pot-au-feu. Alors, depuis hier soir, il infuse doucement dans la grande marmite; les heures qui passent le préparent tranquillement à son triomphe.
Je vais le chercher, à 11h45 précises. Il m'attends, déjà habillé; il s'est fait beau, il sent bon; assis dans son fauteuil, il a sur ses genoux une composition d'orchidées, piquées dans un pot orné d'anges et des bonhommes de neige; un sac contenant une bouteille de champagne, et des biscuits roses de Reims; et puis un cadeau emballé. Pour la gamine, me dit-il.
Un temps infini pour les quelques pas qui nous emmènent jusqu'à la voiture; ses cannes comme des jambes supplémentaires.
Le temps est inscrit dans ses os, il s'est pris dans ses articulations. Mais le temps ne compte pas, il ne compte plus. Ce qui importe aujourd'hui, c'est que ce jour ne ressemblera pas aux autres.Ensuite, le bouillon parfumé et la viande fondante font leur oeuvre, entre évocations du passé, et bavardages légers; l'enfant cadeau fait du charme; le rubis du vin dans les verres, le feu qui danse dans le poele, mettent dans les yeux de Bonhomme une eau limpide et claire.
Après le dessert et une dernière coupe de champagne, la fatigue l'envahit soudain; il est temps de rentrer; je le ramène chez lui, l'installe dans son fauteuil; il laisse aller sa tête, et me regarde en souriant. Pas besoin de parler.
Pour lui, ce n'était rien moins qu'un printemps en hiver.
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Par sarkimi dans "Les jours suspendus..." le 13 Décembre 2011 à 14:55
En ces jours de l'avent, où l'enfance a les joues rouges, jours de papiers, jours de rubans, il est un ange qui passe souvent, et qui se pose sur mon épaule. Un poids plume, léger comme un souffle.
A peine un frottement d'ailes, ou un courant d'air peut-être, et la petite musique de mon coeur se met en marche; l'empreinte de la voix de ma mère, le velours de son parfum, la rumeur de ses bracelets.
Le poids de l'ange, alors, devient enclume, le duvet changé en plomb.
Et, tandis que je commence à donner quelques signes de faiblesse, l'ange, bienveillant par nature, se volatilise, non sans me laisser quelques plumes ...
Il reviendra, je le sais, à la moindre odeur de canelle, au moindre tintement de grelot. Ils sont comme ça les anges; ils passent et ils repassent.
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